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Missionnaires de Marie
XAVERIENNES

Enlever la pierre et découvrir la lumière

Elena Conforto mmx
211
21 Mars 2026

Enlever la pierre et découvrir la lumière

22 mars 2026


Écoute la Parole

Je suis la résurrection et la vie

Jn 11:1-45

Réflexion biblique

Le récit de la mort et de la résurrection de Lazare, raconté dans l’Évangile selon Jean, n’est pas seulement le septième signe qui manifeste la gloire de Dieu, mais représente un véritable et approprié voyage missionnaire qui met au défi l’Église de toutes les époques.

Situé à Béthanie (signifiant « maison de la souffrance »), l’épisode montre Lazare, figure historique et cher ami de Jésus, icône de toute personne aimée de Dieu qui connaît la fragilité de la maladie et de la mort.

Un premier aspect missionnaire émerge dans le dialogue entre Jésus et ses disciples concernant le retour en Judée. Malgré le danger de la lapidation, Jésus insiste sur la nécessité de marcher tant qu’il y a « douze heures dans la journée ». Cette image rappelle directement la nature de la mission : lorsque Dieu confie une tâche, ceux qui la poursuivent ont la lumière et ne trébuchent pas. La mission est donc liée à une « opportunité » temporelle et divine ; quitter sa mission, c’est perdre la grâce et l’aide que Dieu accorde à ceux qui agissent en son nom.

Jésus n’intervient pas immédiatement dans la maladie de Lazare. Peut-être veut-il faire comprendre aux disciples, ainsi qu’à nous, que sa mission n’est pas simplement de résoudre des « questions » biologiques par des miracles, mais d’affronter la racine de l’énigme de la mort afin de manifester une nouvelle vie selon le plan du Père. Jésus agit et rend la vie à Lazare, car le moment est venu : c’est l’heure et l’occasion juste pour déclencher consciemment tout le mécanisme de mort que ce signe provoquera contre lui. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, l’action qui provoque la décision du Sanhédrin de condamner Jésus à mort (Jn 11:51-53).

La dynamique entre les sœurs Marthe et Marie et la communauté environnante révèle le processus d’évangélisation. Marthe, après avoir professé sa foi en Christ, devient elle-même missionnaire auprès de sa sœur, l’appelant en secret : « Le Maître est ici et t’appelle » (Jn 11:28). Ce passage – rencontrer, expérimenter, partager et guider les autres vers Jésus – est le cœur battant de la proclamation chrétienne. Les deux femmes créent un espace de contact entre Jésus et ses adversaires (les Juifs venus les consoler), transformant une situation de deuil en une opportunité, qui semble infructueuse, de rencontre avec la Vie.

Un autre aspect missionnaire fondamental réside dans le commandement de Jésus : « Enlèvez la pierre ! » (Jn 11:39). Bien que seul Dieu puisse ressusciter les morts, Il a demande la coopération de la communauté pour enlever les obstacles qui empêchent sa voix d’atteindre ceux qui sont prisonniers du tombeau. Cette tâche nous est confiée : retirer les pierres de préjugés, d’hypocrisie ou de résignation. Pour cela, il est nécessaire de surmonter le jugement malodorant, souvent manifesté sous la forme d’un rejet lié à l’inconfort de l’autre. Martha avertit Jésus que Lazare « dégage déjà une mauvaise odeur » (Jn 11:39). Cette affirmation reflète notre tendance à croire que certaines situations ou personnes sont trop « putréfiées » ou compromises pour être aimées. Enlever la pierre signifie cesser de cacher ou de juger la pauvreté et le péché – tant le nôtre que celui des autres – sous le « tapis existentiel ». La mission exige que nous croyions que Dieu vient nous chercher précisément là où nous sommes le moins présentables, aimant le « cadavre intérieur » et non nos masques de perfection.

De plus, retirer la pierre signifie abandonner le « sépulcre de la lamentation » et de la compassion. Marie, initialement immobile chez elle à cause de son chagrin, doit se lever et aller rencontrer le Maître qui l’appelle. La mission nous pousse à ne pas rester ancrés dans nos convictions ou dans nos souffrances, mais à devenir des médiations d’espoir pour les autres, les aidant à se libérer des bandages qui les lient encore.

Il nous appartient d’enlever la pierre, afin que Dieu puisse ressusciter la communauté ; Une communauté qui n’accepte pas cet effort est destinée à rester sans vie. De la même manière, après le miracle, Jésus dit : « déliez-le et laissez-le aller » (Jn 11:44), indiquant que la mission continue au service de la libération mutuelle des liens de la mort et du péché.

Enfin, la résurrection de Lazare est une proclamation de la vie éternelle qui commence déjà dans le présent. L’Église a la responsabilité de hoter la poussière de cet espoir, le rendant perceptible aujourd’hui. Dans un monde marqué par la « mondialisation de l’indifférence » (comme le répètait souvent le pape François), la mission consiste à témoigner que tout ce qui est vécu dans l’amour ne meurt pas, mais revient. La proclamation missionnaire n’a pas pour but d’inspirer la peur, mais d’offrir une libération définitive de l’esclavage de la peur de la mort, qui bloque toute impulsion vitale, rendant les gens vulnérables au mal et à la tristesse. Le Christ appelle l’humanité à sortir de ce pessimisme, résultat de tant de violence, de terrorisme et de conflits, afin de redécouvrir une gloire qui surmonte les souffrances du temps présent.

En conclusion, l’histoire de Lazare nous enseigne que la mission n’est pas seulement une activité extérieure, mais une réponse à l’appel de Jésus à « sortir » de nos tombes existentielles. C’est une invitation à sortir de l’immobilité de la  lamentation pour devenir médiateurs d’espérance pour autrui, certains que, comme promis par Ézéchiel (Ez 37:14) et confirmé par Paul (Romains 8:9), l’Esprit de Dieu habite en nous pour nous faire revivre et nous ramener vers la véritable terre de la promesse.