En souvenir de Silvietta
En souvenir de Silvietta, 22 ans aprés son départ: "J'ai connu la puissance de la Grâce"
Le 7 janvier 1993, à l’âge de 31 ans, mourait à Parme Silvietta Strologo, jeune Missionnaire de Marie – Xavérienne. Une fille qui à 17 ans découvre la vie chrétienne, se prépare par après à la mission au Japon, se retrouve condamnée par un cancer à l’age de 28 ans … elle reste debout !
Debout dans la solidarité avec les malades, leurs familles, les jeunes de la paroisse ; debout dans la consigne de sa vie à l’Amour du Christ qui l’a saisie. Jusqu’à la dernière consigne.
Dans sa demande d’admission à la profession perpétuelle, Sylvie écrit à la Responsable de sa Famille Religieuse-Missionnaire :
«En regardant les 10 années vécues dans cette famille, deux sentiments sont présents dans mon coeur. Une GRATITUDE infinie au Seigneur pour le don de la vocation missionnaire et du centuple en plénitude de vie et de fraternité, avec des tribulations. La CONFIANCE pleine que ma vie est entre les mains d’un Père tout puissant dans l’Amour, qui, certes, achèvera l’oeuvre commencée en moi. Des mains miséricordieuses qui ont émondées et continueront à émonder mes serments secs pour que je puisse produire quelques fruits. Des mains fortes qui avec tant de délicatesse et de patience m’ont introduite dans ce mystère pascal qui est au coeur de la mission du Seigneur Jésus […]
Au long de ces vingt mois de maladie, où comme jamais avant, j’ai connu la puissance de la Grâce du Seigneur dans l’expérience plus profonde de ma faiblesse, j’ai senti retentir son « SUIS-MOI », plus fort et irrésistible.
Avec des sentiments de reconnaissance et d’abandon dans la Providence, je te demande humblement d’être admise à la profession perpétuelle pour consigner de nouveau POUR TOUJOURS à mon Seigneur toute moi-même et la vie qu’il m’accordera encore, et d’entrer ainsi à faire partie définitivement de cette Famille […] Afin que la Miséricorde puissante du Seigneur puisse se servir de moi, à son gré, pour le salut du monde ».
Le 29 mars 1992, Sylvie écrit à l’artiste Mattioli qui lui a fait cadeau du Crucifix, peint par lui, en vue de sa Profession perpétuelle :
«Dans la nuit que je vivais, tu es venu m’apporter la lumière avec ton petit Crucifix transfiguré. L’image de ton Crucifix s’est gravée en moi comme l’image la plus expressive du Mystère de Dieu, un Dieu qui nous déconcerte parce qu’il n’utilise pas sa puissance pour sauver soi-même (Mc 15,31)…et la résurrection est justement comme tu l’a peinte : un faible soleil rouge qui pointe, secrètement, du cœur de la nuit sans nous frapper les yeux ni nous faire violence.
Mais il a la chaleur d’un Amour plus fort que la mort, vivant et indestructible, capable d’éclairer les nuits plus obscures et de chauffer les cœurs plus arides et froids. Dans cette période de plus grande souffrance physique, il me suffit de regarder le Crucifix que tu as peint (blanc de lumière !), pour me rappeler et sentir que ce bref Vendredi Saint est déjà expérience anticipée de la Pâque. Et plus je regarde ce petit Crucifix, plus je me demande : ‘‘Qui est donc Dieu pour m’aimer ainsi ?’’ Je t’attends le 31 mai pour célébrer le mystère de cet Amour Crucifié qui ne finira jamais de nous déconcerter ».
Le 31 mai 1992, jour de sa consécration totale à l’Amour puissant et miséricordieux du Seigneur, Sylvie livre aux présents les raisons et la joie de son choix définitif :
«L’Amour puissant de Dieu s’est exprimé dans cet abîme de silence qui est le Crucifix. Un Dieu impuissant comme Amour pour nous, parce qu’il a utilisé sa force pour sauver les autres et pas soi-même. Un Dieu qui est pur don de soi, gratuité absolue en se livrant à nous, sans réserve et sans retour. Un silence, celui du Crucifié, qui a une éloquence sans pareille, parce que aucune autre parole humaine ne pourra jamais faire comprendre la profondeur de l’Amour du Christ qui surpasse toute connaissance (Cf. Ep. 3, 18 ss).
Nos Familles missionnaires sont nées au pied de la Croix, jaillies de la contemplation du Crucifié... pour répondre à un Amour fou qu’il est impossible de réciproquer. A ses filles, le père Spagnolo (Fondateur des Missionnaires de Marie) a confié la mission d’être dans le monde, comme Marie, un Magnificat vivant, un chant de louange à l’Amour de Dieu. Un gratitude infinie pour être si aimés sans mérite est ce qui fond et rend possible la gratuité de notre réponse, dans la conscience d’être toujours des instruments inadéquats, petits et pauvres d’un amour qui nous précède, d’une mission qui nous dépasse : un trésor dans des vases d’argile !
Aujourd’hui j’ai été accueillie pour toujours et à part entière comme membre des Missionnaires de Marie, malgré que à cause de la maladie, je n’aie pu partir pour la mission au Japon qui m’avait été confiée. C’est le don plus grand et plus précieux entre tous que j’ai reçu au cours des ces années par mes Soeurs : un acte de foi en Celui qui est et doit rester le premier protagoniste de la mission, qui est son oeuvre et non pas la nôtre. Quant à nous, il nous est demandé avant d’agir, un abandon total et une confiance inébranlable dans la force de son Esprit, qui réalise Sa mission dans le monde comme et où il veut, mais toujours en demandant notre oui. C’est dans l’expérience de notre impossibilité qu’il nous est donné de connaître le Dieu de l’impossible, la puissance de son Amour inébranlable.
Je confie à cette prière de consécration, qui est chant de louange et d’action de grâce pour cet Amour, mon merci à vous tous... j’ai une dette avec vous tous, parce que c’est grâce à vous que je suis là aujourd’hui : vous avez tissé ma vie et façonné ma foi.
« Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’Il m’a donné?»




