Le jour du « oui »
Le 2 juillet 2021, à Bukavu, en République Démocratique du Congo, Odette Cishesa Marhegeko, Dumiel Luhinzo Rosette et Doriane Kadji ont fait leur première profession comme missionnaires xavériennes. A la veille de ce choix, nous les avons interviewées.
L’événement du 2 juillet a été longtemps préparé…
Quelles sont les étapes principales de votre parcours ?
Odette : Je suis de Bukavu, ainée de sept enfants : cinq filles et deux garçons. J’avais 8 ans, quand, en revenant de la messe, j’ai vu une sœur habillée en blanc et j’ai désiré d’être comme elle. Un jour, en participant à une profession perpétuelle, j’ai été fort touchée quand l’Evêque dit à la sœur : « Epouse du roi éternel, recevez cette alliance, gardez au Seigneur une fidélité sans reproche, un jour il vous conduira dans le Royaume éternel ». J’ai demandé la signification de ces paroles à ma maman et j’ai décidé de consacrer ma vie au Seigneur, pour être cette épouse du roi éternel et aussi parvenir au bonheur que le roi réserve. Avec mon caractère timide, je pensais être une bonne contemplative. La communauté où j’étais partie a été fermée et en rentrant à la maison j’ai connu les Xavériennes. J’aimais la solitude, mais je me suis mise dans la main du Seigneur et il a travaillé : à présent j’aime encore être dans le silence, mais découvre chaque jour la beauté de la vie commune.
Dumiel : Je suis de Nyangezi, à environ 20 km de Bukavu, je suis la troisième de sept enfants, et l’unique fille. Je considère ma vie comme une grâce. Je ne pensais pas à devenir une sœur. Comme ma maman est protestante et mon père, qui est mort, était catholique, je partais à l’église parfois chez les protestants, parfois chez les catholiques. En vivant avec ma tante, j’ai connu les catholiques, j’ai reçu les sacrements et j’ai vu que c’était aussi une grâce pour moi. Dans mon adolescence, j’ai fréquenté le groupe vocationnel, qui m’a aidé à grandir comme chrétienne. Après le diplôme du secondaire, j’ai senti le désir de donner toute ma vie à Celui qui s’était donné totalement à moi. J’ai connu une xavérienne, la mission m’a attirée et j’ai choisi. Dans ma famille, jusqu’à maintenant personne ne m’accompagne : pour eux, cette manière de vivre est du gaspillage. En me donnant totalement dans la fidélité, j’espère que petit à petit ils comprendront. J’aimerais offrir le Christ à tout le monde, sans distinction, en offrant cette vie que j’ai reçue.
Doriane : Je suis de Douala, au Cameroun. Jusqu’à l’adolescence, je fréquentais l’église protestante. Un jour, ma maman, catholique, a dit à nous tous, ses six enfants : « J’aimerais que chez nous nous soyons tous catholiques, pour qu’il n’y ait pas de division ». Ses paroles m’indignèrent et j’ai demandé au Seigneur de me faire comprendre sa volonté. Un jour, je suis partie à l’église catholique. En entrant, un événement étrange s’est produit : j’ai senti que j’étais accueillie par l’Eglise, que c’était là ma place. Depuis ce jour-là, j’ai senti beaucoup de sérénité et de joie.
Un jour, dans le groupe charismatique que je fréquentais, le modérateur a dit qu’alors que des garçons étaient devenus prêtres, aucune fille du groupe n’avait jamais donné toute sa vie au Seigneur pour le servir et servir ses frères. Je me suis dit : « Moi aussi je vais donner toute ma vie au Seigneur ». Quand j’ai partagé cette idée à ma maman et à mes sœurs, elles m’ont dit : « Toi, sœur, toi qui es toujours agitée et bavarde ? ». Je me suis refroidie, et quand l’idée revenait à mon esprit, je la chassais.
Après le diplôme d’Etat, lors d’une retraite, j’ai senti que le Seigneur m’appelait une fois de plus. Ces paroles me touchaient : « Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme ? ». J’ai commencé un parcours de discernement avec les missionnaires Xavériens. J’aimais l’idéal de vie de Mgr. Conforti: « Faire du monde une seule et même famille dans le Christ ». Dans le temps la vie du mariage m’avait attirée, mais je sentais maintenant comme si le Seigneur m’avait donné un cœur beaucoup plus grand pour aimer beaucoup de personnes et engendrer beaucoup d’enfants. J’étais engagée à l’église et je réussissais bien dans les études, mais rien ne suffisait à combler mon cœur. L’insatisfaction s’est apaisée quand j’ai décidé de me donner totalement au Seigneur pour construire la famille des enfants de Dieu.
Quel est pour vous le sens des vœux de chasteté, pauvreté et obéissance que vous prononcerez le 2 juillet?
Odette : C’est un mariage, et aussi un holocauste, parce que, comme notre Père fondateur le dit, le oui doit être total, définitif, exclusif. Je ne fais pas ce pas pour après regarder en arrière. Malgré les difficultés que je peux rencontrer, mon désir est de m’offrir totalement à Dieu, me consumer dans son amour. Je sais que le bonheur est devant, comme dit le Psaume 23 : « Grace et bonheur m’accompagnent ».
Dumiel : Je fais un choix libre, joyeux et total. Personne chez moi ne m’appuie, mais moi avec ma liberté, avec sincérité et joie, je vais m’offrir au Seigneur, en m’abandonnant à sa Providence. Dans la communauté, j’ai senti l’accueil et j’ai expérimenté que j’ai des sœurs : quand le Christ nous appelle, nous devenons une même famille.
Doriane : Le 2 juillet se dévoilera comme au grand jour l’alliance avec le Seigneur qui a commencé depuis. Mon souhait, c’est de pouvoir dire, avec Paul : « Vivre pour moi c’est le Christ », c’est lui le moteur de ma vie. J’ai compris que ce qui compte ce n’est pas de faire beaucoup de choses, c’est d’être une présence qui dit à l’autre : « Tu n’es pas seul : Dieu t’aime, le Christ est avec toi, fait route avec toi ». C’est ce que les personnes qui m’ont accompagnée dans mon cheminement ont essayé aussi de me dire.
Pourquoi la mission ?
Odette : Je veux continuer la mission que le Christ est venu faire et qu’en montant chez le Père il nous a laissée. Être missionnaire c’est me donner totalement pour continuer cette œuvre du Christ. C’est mon seul but.
Dumiel : Le Christ, le premier missionnaire, fait route avec moi et me trace le chemin. C’est sa mission, non la mienne. La chance que j’ai eue de le connaitre est une mission reçue d’annoncer aux gens que le Seigneur Jésus est avec eux, fait route avec. Le Christ peut aussi les faire sortir de leur misère.
Doriane : L’évangile de Marc dit que Jésus appela ses disciples pour être avec lui et les envoyer prêcher. C’est comme un trésor qu’on a trouvé, un feu qu’on porte dans son cœur qu’on n’arrive pas à contenir. Quand je pense à Jésus je pense à un printemps nouveau dans ma vie et je le sens comme un trésor que je dois partager.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes en recherche ?
Odette, Dumiel, Doriane : Le Seigneur dit : « N’aie pas peur, prends courage ! ». Nous ne pouvons pas permettre que la peur nous domine : on ose et on risque, parce que le Seigneur est là, il nous appelle. Des doutes, en ce monde, on en aura toujours. Le Seigneur nous donnera la force. Toute personne a du prix à ses yeux : le Seigneur compte sur nous et il est capable de nous rendre heureux, comme dit pape François
Etes-vous heureuses ?
Doriane : Oui ! Cela ne signifie que je n’ai ou n’aurais pas de difficultés, mais la sérénité m’habite et remplit mon cœur, car je sais qu’il y a quelqu’un qui est là pour moi.
Odette : Oui, j’ai une grande joie en pensant que c’est à moi que le Seigneur adresse ces paroles : « D’un amour éternel je t’ai aimée ».
Dumiel : J’ai la grande joie de voir que maintenant arrive le temps de donner aussi ma vie au Christ qui me l’a donnée, qui a cheminé avec moi, le temps de me marier avec lui.





